
C’est la veille de Noël, il neige, le jour commence à tomber, et, derrière les
rideaux, Gabrielle épie la nuit qui vient ; elle semble l’attendre avec impatience.

Dès qu’il fait assez noir, elle s’échappe sans bruit
de la maison. Pourquoi fuit-elle ainsi la chambre chaude et lumineuse ?

Parce que le matin, elle a reçue une sévère réprimande de sa mère. Elle a refusé de
choisir, parmi ses vieux jouets, de quoi garnir un arbre de Noël pour les petits pauvres et sa mère lui a reproché son mauvais cœur.

Aussi, maintenant, elle se venge, elle s’enfuit pour
mettre dans l’inquiétude sa pauvre mère. Pourtant il fait bien froid dehors ! Si froid que l’enfant est sur le point de rentrer.

Ses dents claquent ; elle trébuche à chaque pas, car il fait très noir et la
neige l’aveugle et se colle à ses pieds. Mais la pensée de sa mère affolée la fait avancer quand même.

Elle marche donc et bientôt croise une pauvre petite
en haillons. Maigre et chétive, cette enfant fait peine à voir ; elle est tête nue, pieds nus, tremble de froid et timidement demande l’aumône.

Gabrielle a bien dans sa poche plusieurs pièces blanches, même un gâteau, reste de
son goûter, pourtant elle repousse la fillette.

Plus loin, c’est encore un petit misérable qui lui
dit : « Sœur, j’ai perdu le chemin, ne pourrais-tu m’aider à le retrouver ? J’ai froid, j’ai faim et je suis fatigué ! »
« Laisse-moi donc passer » dit Gabrielle brutalement, et, d’un coup de
poing, elle fait tomber l’enfant.

Mais soudain la neige s’illumine, le petit malheureux est debout, ses haillons ont
disparu ; le front ceint d’une auréole, il brille d’une beauté divine, c’est l’enfant Jésus.

« Sois maudite, dit-il, puisque je n’ai pu toucher ton cœur ! » Et il
disparaît.

Plongée dans les ténèbres, Gabrielle ne voit plus son
chemin.

Elle est perdue, et elle le serait sans retour, car elle erre à
l’aventure.

Mais après l’avoir cherchée longtemps sa pauvre mère implore Jésus et le bon Jésus
se laisse toucher.

Il permet, dans sa bonté infinie qu’un passant attardé rencontre l’enfant et la
ramène dans les bras de sa mère.

Depuis ce jour Gabrielle n’est plus
égoïste.
Divine journée

Planche à thème religieux, extrait de l’Album d’Images pour Fillettes, imprimeur et éditeur Louis Vagné, imagerie de
Pont-à-Mousson, nouvelles images artistiques aux armes de France, vers 1900.
Ecrire pour dire.../ Post a Comment - Lire les 11 confidences














