Juliette était fille unique. Elle était choyée, comblée de jouets, et pourtant elle
s’ennuyait : c’était pour elle un vrai chagrin de n’avoir ni petit frère, ni petite sœur à amuser.

Aussi ne manquait-elle jamais, dans sa prière du matin
et du soir, de demander à Dieu de n’être plus si seule.
Cette année-là, elle allait avoir dix ans. On était à la veille de Noël, et, pour la
première fois, il lui était permis d’accompagner ses parents à la messe de minuit.
C’était une grande fête pour l’enfant qui, ce soir-là,
avec plus de ferveur que jamais, fit sa prière habituelle.
Comme elle revenait avec ses parents, elle crut, non loin de la maison, percevoir de
vagues gémissements. Ella attira l’attention de ses parents et, munie de lanternes, on se mit à chercher.

Juliette ne s’était pas trompée : contre le mur,
sur la neige, gisait une pauvre femme qui tenait un enfant serré sur son cœur.
La mère et l’enfant furent transportés à la maison, mais tous les soins donnés à la
mère furent inutiles.
Quant à l’enfant, charmante fillette d’un an à peu
près, une tasse de lait calma ses pleurs, et elle s’endormit sur les genoux de Juliette.

Celle-ci la porta sur son lit avec un soin infini, et elle veilla toute la nuit sur
ce sommeil d’enfant.
Le lendemain, elle et ses parents accompagnèrent la
pauvre mère à sa dernière demeure, et, au retour, Juliette obtint de ses parents qu’ils garderaient l’orpheline.
Juliette en devint la petite maman : c’était elle qui l’habillait, elle qui lui
faisait prendre ses repas, et jamais vraie mère ne fut plus attentive.
Jusqu’au moment où elle avait adopté l’orpheline,
Juliette n’avait été qu’une fillette un peu étourdie ; depuis, elle s’appliquait à se perfectionner pour donner le bon exemple à sa fille.

Chaque année, lorsque reverrait Noël, Juliette, en faisant mettre à la petite fille
son soulier dans la cheminée, remerciait du fond du cœur l’Enfant Jésus d’avoir exaucé son plus cher désir.
L’orpheline grandissait, Juliette lui apprit à lire,
puis elle se mit à travailler assidûment pour pouvoir contribuer à l’éducation de sa fille.
Juliette devint ainsi une jeune fille accomplie, sa petite protége promettait de lui
ressembler.

Et leurs parents, les contemplant avec orgueil, se
disaient qu’un bienfait n’est jamais perdu.
Heureuse journée

Anecdote moralisatrice, extraite de l’Album d’Images pour Fillettes, imprimeur et éditeur Louis Vagné, imagerie de Pont-à-Mousson, nouvelles images artistiques aux armes de France, vers 1900.
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