Le Noël alsacien est un
incontournable rendez-vous gourmand composé de divers plaisirs, où les sucreries et confiseries tiennent une place prépondérante ; alors comme mise en bouche festive de cette date
primordiale, quel régal, je vous propose un exquis « Voyage au Pays des
Friandises »…
La petite Berthe avait un vilain défaut : elle était gourmande. Un soir que, en punition d’une faute, elle avait été privée de dessert et couchée de bonne heure, elle vit entrer dans sa
chambre une belle dame.
À n’en pas douter, c’était une fée: ses vêtements semblaient de sucre; beaux comme
des roses dont ils avaient la fraîcheur ainsi que les couleurs, ils répandaient un parfum pénétrant.
« Je suis la Reine des
Friandises, dit-elle. Veux-tu venir passer huit jours dans mon royaume ? » Berthe accepta avec joie et fut bien vite prête.
La fée fit monter l’enfant dans un char en chocolat; il avait des rues en sucre et
était orné de pralines de toutes couleurs. Dès qu’elles furent assises toutes deux, le char partit de lui-même à travers les airs.
Il s’arrêta dans une étoile. Le jour se levait et Berthe fut toute surprise
d’apprendre de la fée que la terre était en pain d’épices.
Le char prit une route pavée de berlingots, qui, sur des ponts en sucre, coupait des
ruisseaux de sirops: ces ruisseaux étaient ou rouges, ou jaunes, ou blancs, selon que leurs eaux étaient de groseille, d’orge ou d’orgeat. L’horizon était fermé par de hauts pics en sucre candi,
que surmontaient des glaciers de glace panachée.
Le tronc et les branches des arbres étaient en chocolat, les feuilles des bonbons à
la pistache ou à la menthe, les fleurs des pastilles multicolores ; les fruits ne poussaient que confits.
Berthe stupéfaite voyait passer des champs de petits gâteaux, de sucre d’orge, de
pâtes de réglisse ou de jujube, des tas de crème à la vanille.
Enfin on arriva à la capitale. Berthe, fatiguée, aveuglée par la fine poussière de
sucre des routes, admira pourtant les habitants du pays, aux vêtements de gâteaux mousseline ou de sucre, aux grandes ailes, et si légers qu’ils volaient plutôt qu’ils ne marchaient.
Les maisons étaient en nougat ainsi que le splendide palais où la reine introduisit
Berthe. Là, tous les meubles étaient en gâteau ou en chocolat et Berthe, ayant effondré une chaise en brioche, dut se tenir debout.
Les parfums violents répandus dans l’atmosphère commençaient à lui donner un grand
mal de tête. L’heure du déjeuner venu, elle fut conduite à la salle à manger où sur une table de chocolat s’étalaient toutes les friandises possibles.
Mais Berthe ne put manger. Elle demanda un peu
d’eau : pas d’eau dans ce pays ! Comme Berthe regrettait alors le potage et l’œuf à la coque que sa mère lui aurait servis.
La journée sembla interminable à la pauvre enfant. La nuit venue, elle se coucha dan un lit de biscuit aux rideaux en pâte de lichen.
Elle passa une nuit affreuse et, dès le matin, alla supplier la fée de la ramener sur la terre.
« Mais, lui dit la reine, tu avais accepté de passer huit jours ici ; ce n’est qu’au bout de ce temps que je puis te reconduire à tes parents. »
Berthe était désolée, aussi éprouva-t-elle un grand soulagement en se réveillant dans son lit et en s’apercevant qu’elle avait fait un mauvais rêve. Depuis cette époque elle n’est plus
gourmande.
Pauvre petite Berthe, puisse sa mésaventure nous rendre attentif aux excès de gourmandises à l’approche des ses fêtes de fin d’année…
Plaisante journée à votre maisonnée
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