Mes inclinations en matière de chine étant pour le 19ème, et le tout début 20ème, les pièces se font rares, et ma bourse bien petite face aux prix annoncés. C’est pourquoi cette année je prospecte de nouveaux horizons à la recherche du temps perdu et ces vestiges tant attendus.
De bonne heure dimanche dernier; à bord de mon vaisseau à explorer le temps, accompagnée de mon célèbre compagnon de route « Mr Spock » ; qui n’est autre que monsieur Présent Passé ; nous filons vers l’aventure !
Il me faut préciser que l’allusion à monsieur « Spock » ne fait nullement référence à ses oreilles ; hi hi ; mais au célèbre tandem du capitaine « Kirk » et son acolyte, notre « Enterprise » étant une Opel Corsa. Les fidèles de la série auront soulignés que ce binôme a déjà remonté le temps dans divers épisodes.
Sur notre chemin nous croisons un vaisseau en difficulté, arrêt instantané. Pourvu que ce ne soit pas des « Klingons »…ouf non, juste trois demoiselles en détresse, dont un pneu de la voiture a éclaté. Au sortir d’une « boite », le jeune homme qui les accompagne est passablement éméché, et s‘avère incapable de le changer. Fort heureusement mon bras droit, qui détient ce savoir, intervient aimablement ; un vrai prince charmant, oups... pardon, je me trompe de récit !
Lampe de poche en main ; car la fidèle chineuse que je suis, en est toujours pourvu, lors d’expéditions très matinales ; j’éclaire l’opération, sous les encouragements bienveillants du jeune protagoniste précédemment cité, qui nous chante ses louanges, nous souhaitant tout le bonheur du monde, ce jusqu’à la fin de notre vie, et même si ces félicités sont « alcoolisées », elles nous réchauffent le cœur ; et c’est avec bonne humeur que nous reprenons notre périple….
Heureuses paroles annonciatrices d’une fructueuse chine ?
Preuve s’il en est qu’un bienfait n’est jamais perdu, voici le cadeau de la providence qui pour moi s’avère être la plus belle des chances !
Sous un amoncellement de cadres ; notre incartade nous ayant passablement mis en retard, je désespérais de trouver une pièce de choix ; j’aperçois son noir caractéristique, celui du napoléon III, et c’est avec une immense joie que se dévoile… une crèche de Noël.
Hip, hip, hip, hourra, s’il ne me faut trouver que cela, la chasse aura été bonne!
Je vous rassure, deux ou trois petites choses escortent celle-ci, je vous les dévoilerais un peu plus tard ; sachant que sur mes pages, le temps prend un tout autre « tournant »…
Une des choses qui me plait le plus dans la chine ; en dehors du contact humain ; c’est de « toucher » un petit bout d’histoire, d’en remonter le temps en essayant de décrypter les secrets qu’il abrite ; travail de modeste détective, qui m’enivre, et dont je ne me lasse pas de savourer les gaietés.
Première rencontre avec un objet de ce type ; je connais bien les cadres de mariés, les reliquaires, ceux qui abritent les souvenirs de défunts, ceux de communiants, et les preuves d’amours, mais alors ça ?
Dire que le Noël dernier je faisais la confidence, à mon mari, de désespérer trouver une ancienne crèche, et qui reste dans mon budget. Voilà qui est chose faite, subliment de surcroît.
Après quelques recherches je n’en trouve nulles traces ailleurs, aucuns renseignements supplémentaires, hormis ceux qu’elle me révèle lors de sa petite restauration. Je lance un SOS à qui pourrait me répondre…
Si j’exerce ma fantaisie créatrice en effectuant la rénovation de certaines pièces, d’autres m’imposent le respect dû à leur grand âge ; c’est pourquoi, pour celle-là, j’œuvre en vue d’une conservation, surtout que les dommages subis ne sont pas insurmontables.
En matière de restauration il existe deux écoles, l’une propose une réparation insoupçonnable de l’original, l’autre quant à elle, se veut efficace mais visible afin de bien distinguer le travail de l’artiste à celui de la reconstitution.
N’ayant pas le savoir requis pour combler le manque de peinture sur verre, j’opte pour glisser dans le fond un passe-partout de couleur, afin de ne pas lui porter préjudice, et laisser apparent le travail initial. Cela me permettra, par la suite, de faire appel à un spécialiste si nécessaire...
L’inscription figurant sur son verre : Die Geburt Christi, la naissance du Christ, m’indique qu’il s’agit bien d’une crèche ; en plus de tous les personnages, et animaux présents. Une étiquette à l’arrière, précise qu’elle est légalement protégée, Gesetzlich geschütz.
L’étanchéité de la boite n’étant plus d’actualité, toile d’araignée, et poussière ont la place belle. Il me faut remédier à cela. En ouvrant, délicatement, je récupère le biscuit qui ne tient plus en place. Lors de son nettoyage je découvre une inscription à l’intérieur, le numéro 32 ; ainsi qu’une signature en creux, qui se révèle un peu mieux en jouant sur la luminosité de mon cliché. Je dépoussière, re-fixe fleurs et biscuit. La soie filée, et le papier, me dissuadent d’opter pour l’insecticide en bombe, je lui préfère donc le talc.
Lors de mon démontage, la présence de clous tapissiers, emprisonnant encore de minuscules restes de papier carton, me donnent à penser qu’il devait y avoir un décor supplémentaire, fixé sur tout le pourtour extérieur de l’arrière du cadre, soulignant ainsi celui en bois.
Le grand plus, est qu’elle renferme un merveilleux mécanisme « à cylindre » ; appelée aussi « à lames » *; qui en fait une boite à musique. Le numéro 852 y est gravé en creux, et le cylindre comporte deux mélodies.
Une étiquette, à côté du logement prévu pour la clé, sur le caisson, indique les partitions dont il s’agit. La première : Groβer Gott wir loben dich, bon Dieu nous te louons, de Peter Knight, 1770-1847 / Hymnes général, Vienne. La deuxième : Stille Nacht, heilige Nacht, douce nuit, sainte nuit, texte de Joseph Mohr, 1816, musique de Franz Xavier Gruber, 1818.
Grippé, il me faut appliquer de l’huile et laisser agir…N’ayant plus sa clé, c’est avec les moyens « du bord » que je vérifie son fonctionnement, qui répond à merveille en me restituant de délicates notes.
Il me faut maintenant me mettre à la recherche de la clé en question. Identique à celles pour pendules, ou jouets. Il me faut une section creuse en carré, de 3 x 3mn, pour une profondeur de 9mn. Je lance un avis de recherche, on ne sait jamais…
Je remonte le tout ; en ayant soin de sauvegarder les étiquettes ; comble les manques de parement du cadre extérieur,
et admire cet heureux souvenir qui, je l’espère, en trouvera encore d’autres dans mon foyer où il sera plus que choyé.
Divine journée ; et bonne chine pour ceux qui en ont le plaisir…
* Pour l’histoire :
En 1796 Antoine Favre présente, au Comité de Mécanique de Genève, son invention qu'il intitule « carillon sans timbre ni marteau ». Ce mouvement mécanique actionne un cylindre en laiton garni de pointes, qui au passage, soulèvent puis relâchent, dans un ordre bien défini, des lames en acier parfaitement accordées, reproduisant ainsi un air de musique. Ce sont les lames qui produisent le son en retombant.
Faute de fonds nécessaires à la mise en œuvre de son idée, c'est en 1802 qu’Isaac Piguet, profite de l'invention en l’introduisant dans des bagues, des cachets, des montres, etc.
(Pour les montres ce cylindre, trop volumineux, sera remplacé par un petit disque appelé « plateau » ; garni de picots sur les deux faces, il permet d'augmenter le nombre de notes.)
Après avoirs utilisés ces mécanismes dans divers objets ; comme des tabatières, ou des socles de pendules ; on se rend compte qu'ils peuvent représenter un intérêt propre. Dès lors, ils sont placés dans des boîtes simples, en bois fruitier, appelées des « boites à musiques ».
Durant la majeure partie du 19ème siècle, la production de boites à musiques a été concentrée en Suisse, principalement à Genève ; mais dès 1811 elle s'installe également en France, et l’on trouve quelques petits fabricants en Tchécoslovaquie.